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Le blog de la Bergerie de Villarceaux

La ville, nouveau terrain de jeux pour les agronomes ?

Ce billet a été rédigé par les étudiants du cursus IE2V d'AgroParisTech

Loin de leurs salles de cours parisiennes, les neuf étudiants de la toute première promotion de la spécialité IE2V (Ingénierie des Espaces Végétalisés en Ville) d'AgroParisTech ont suivi un séminaire d'une semaine consacré à l'agriculture et la nature en ville, du 30 septembre au 4 octobre 2013.

Depuis la Bergerie de Villarceaux qui les accueillait, ils ont pu découvrir les différentes facettes et problématiques de l'agriculture et des espaces verts des agglomérations environnantes.
 
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Dans les espaces urbains, la réflexion sur une ville plus durable appelle au développement de la part des surfaces vertes. Par ailleurs, les formes de production agricole en ville se diversifient et prennent des formes très variées (toits végétalisés rendus productifs, balcons cultivés, fermes urbaines, etc…).

C'est dans ce contexte qu’une nouvelle spécialité de troisième année du cursus ingénieur à AgroParisTech IE2V a été créée en 2013. Après un tronc commun de septembre à décembre, la formation propose deux options : l’une sur l'agriculture urbaine et l’autre sur la foresterie urbaine. L'ambition de cette spécialité est de former des ingénieurs à même de penser l’espace végétalisé en ville et à ses interfaces, en prenant en compte toutes les dimensions (économiques, sociales, environnementales,..) de la gestion des espaces végétalisés.
 

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La bergerie de Villarceaux s’imposait pour accueillir cette première promotion d’étudiants pour une semaine consacrée au terrain, dans le cadre du programme de Tronc Commun. Si la bergerie représente un cadre géographique idéal pour une mise au vert d’étudiants en école d’ingénieur, c’est surtout un parfait exemple de l'intégration de l'agriculture dans un territoire situé à proximité d’une zone urbaine dense, avec comme souci principal de répondre aux problématiques environnementales et sociétales actuelles (développement de l’agriculture biologique, mise au point de techniques innovantes de gestion des cultures, mise en place de circuits courts, réflexion sur l’aménagement du paysage, etc…).
 

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Afin de saisir les enjeux liés à la conception et la gestion des espaces végétalisés dans les territoires urbains et péri-urbains, l’accent a été mis durant cette semaine sur la rencontre avec une diversité d’ acteurs (agriculteurs, maraîchers, élus territoriaux, associations, etc…). Ainsi, les étudiants, rayonnant autour de Villarceaux, se sont rendus dans différentes agglomérations (Cergy-Pontoise, Les Mureaux, Mantes-la-Jolie, Limay, etc…).

En outre, ils ont pu assister à une soirée débat organisée à la bergerie de Villarceaux, une occasion d'échanger et de partager leurs expériences et leurs opinions avec les professionnels et les particuliers assistants à cette conférence.
 

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1-L'agriculture urbaine : un rapprochement possible entre la ville et la campagne ?

La « gouvernance alimentaire de la ville »… Cette expression peut sembler saugrenue au premier abord tant le consommateur urbain est aujourd’hui déconnecté de ceux qui produisent sa nourriture. Cependant, ce concept fait son petit bonhomme de chemin et apparaît désormais dans les politiques de certaines villes qui réfléchissent réellement à leur approvisionnement alimentaire et à leur lien à leur ceinture péri-urbaine. La soirée projection-débat « Agriculture Urbaine » organisée à la ferme de Villarceaux tend à prouver que le rapprochement de ces deux termes pourtant presque antagonistes intrigue et intéresse si l’on en juge par le nombre de personnes s’étant déplacées un soir de semaine.

Dans le cadre de notre semaine de terrain, nous avons pu découvrir les liens entre la ville consommatrice et la campagne productrice. Des agriculteurs tournent toute leur activité vers la ville, comme Xavier Dupuis de la ferme de Haye et sa légumerie dont la production est destinée à la restauration collective et à un magasin bio ou le Jardin de Cocagne des Mureaux qui crée un lien social et nourricier avec la ville qui encercle presque ses parcelles de maraîchage. Malheureusement, ces exemples ne sont pas la règle et c’est le dos que d’autres agriculteurs tournent à la ville. Dans une majorité des cas, la lisière entre la ville et l’agriculture n’est pas bien réfléchie ce qui entraîne des contraintes pour les agriculteurs et des nuisances pour les urbains. C’est particulièrement le cas dans les zones de grandes cultures céréalières. La ville ne parvient pas à s’approprier ces aires de cultures ; peut-être aussi car elle ne peut s’approprier sa production qui fait des centaines de kilomètres pour être transformée avant de revenir (ou pas) en ayant perdu tout lien avec son terroir initial. La disparition des filières de transformation en Ile de France (une poignée de petits abattoirs et quelques moulins) est peut-être une raison de la perte de lien en ville et campagne péri-urbaine. Quoi qu’il en soit, les lisières séparant ces deux milieux sont des zones à forts enjeux auxquelles il est primordial d’accorder une attention bien particulière. La ferme de Villarceaux, en polyculture élevage bio, avec ses haies et ses parcelles d’agroforesterie est peut-être un modèle applicable à ces lisières tant pour ces qualités productrices que paysagères ?
 

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2-Les jardins en villes, des lieux de sensibilisation à l'agriculture et l'environnement

Les jardins familiaux existent depuis de nombreuses années dans nos villes, appelés jardins ouvriers à l'après-guerre. Aujourd’hui ce type de structure est plébiscité par les urbains et de nombreux projets fleurissent un peu partout. Les jardins peuvent prendre différentes formes : jardins de pieds d’immeubles, jardins partagés, jardins familiaux ou encore jardins pédagogiques. Sans parler des jardins privés. Ces lieux apportent une vraie plus-value paysagère à la ville, comme nous avons pu le voir avec les exemples des jardins familiaux de Courdimanche et des Mureaux.

Ces espaces sont très structurés par les parcelles mais aussi déstructurés, en quelque sorte, par l’abondance des cultures et des fleurissements, ce qui participe à leur charme. Ces jardins sont des lieux d’échange, de partage et de rencontre avec une très grande mixité sociale et culturelle, ce qui permet aux adhérents de s’ouvrir les uns aux autres, et à d'autres pratiques, d'autres cultures, notamment grâce à des évènements festifs, souvent organisés dans ces lieux. Ces espaces n’ont pas pour vocation première l’autosuffisance alimentaire (bien que la majorité des jardins familiaux disposent de cultures maraîchères consommées par ceux qui les cultivent et que ces productions peuvent atteindre l'équivalent d'un 13ème mois de salaire) mais ils permettent aux citadins de renouer des liens avec la terre et la nature. Ces lieux peuvent aussi abriter un jardin pédagogique, comme celui des Mureaux, ce qui permet aux enfants de la ville de s’initier aux bonnes pratiques agricoles et de prendre conscience des enjeux liés tels que la biodiversité ou la gestion de l’eau. Aujourd'hui, ces espaces sont trop peu nombreux pour satisfaire une demande grandissante des citadins (Certaines listes d'attente peuvent atteindre plusieurs années). Cela est principalement dû au fait que ces espaces coûtent cher à la commune.
 

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3-La nature en ville, une diversité dans le milieu urbain

Au cours de cette semaine sur le terrain, nous avons pris conscience de la diversité des formes que peut prendre la nature en ville : coulée verte, parcs urbains, toiture et mur végétalisés, arbres d’alignement, etc. Ils remplissent des fonctions multiples qui vont de l’embellissement urbain à la sauvegarde de la biodiversité. La nature en ville est aujourd’hui plus que jamais un élément incontournable de l’aménagement urbain, comme l’illustrent les nouveaux quartiers ou les quartiers réhabilités. Le végétal y est omniprésent, rendant de nombreux services tels que réduction de l’ilot de chaleur urbain, dépollution de l’air ou encore gestion et traitement des eaux, comme nous avons notamment pu le voir à Cergy et aux Mureaux.

La diversité des formes de la nature en ville pose cependant quelques problèmes quant à la gestion de ces espaces. Les échanges avec les différents acteurs nous ont permis d’appréhender cette difficulté, pour laquelle la gestion différenciée est un élément de réponse. Elle permet notamment de réduire les coûts d’entretien, même si cela reste un budget conséquent pour les collectivités. Elle peut aussi être complétée par une démarche « zéro-phyto » qui s’inscrit davantage dans une logique environnementale. La multiplicité des usages de la nature en ville génère parfois des conflits. Il conviendrait d’anticiper davantage les usages et la gestion dès les phases de conception des espaces, en lien avec l’identité des lieux et les attentes de la population.

La nature a donc aussi bien sa place en ville qu’en milieu moins anthropisé ou en association avec des cultures comme l’illustre la Ferme de Villarceaux et son programme d’agro-foresterie.

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