Si Villarceaux m'était conté...


Rien ne prédisposait la Fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l'Homme à assumer la gestion du domaine rural de Villarceaux puisque son acquisition, en 1976, était à l'origine une simple opération de gestion de fortune. Pendant 15 ans, de 1967 à 1982, les terres de la Bergerie étaient censées accueillir un projet immobilier comme il y en eut tant. Ce projet qui a partiellement vu le jour - le golf de Villarceaux en est le signe le plus visible - a finalement été abandonné.


Les tennis de Villarceaux, du temps du projet immobilier

La fondation Charles Léopold Mayer pour le Progrès de l’Homme, propriétaire du domaine eu le souci de trouver pour cet ensemble territorial une gestion conforme à ses orientations. En quoi ce domaine pouvait-il être porteur de solutions aux problèmes des hommes d’aujourd’hui, comment pouvait-il être mobilisé au service du bien publique ?

400 hectares de terres agricoles, 250 hectares de forêt, un golf de 110 hectares, deux châteaux dans leur parc de 70 hectares enclos d’un mur, le domaine est de belles dimensions. Car le tout est d’un seul tenant. Un petit territoire donc, regroupé, cohérent, avec ses cours d’eau, son plateau, ses valons, ses coteaux calcaires secs, ses activités économiques et ses problèmes bien sûr, d’assainissement, de pollution d’eau, d’érosion, de coexistence entre les différentes activités…

 

1989 : recherche d'une vocation publique pour les parcs et châteaux de Villarceaux



Souhaitant préserver l'identité du coeur historique de Villarceaux (parcs et châteaux) et l'affecter en priorité à un usage dans l'intérêt du public, la fondation signe en 1989 avec la Région Île-de-France un bail emphytéotique de 99 ans lui conférant la gestion des châteaux et de leurs parcs. Ce bail est assortit d'une clause d'ouverture au public garantissant l'accès pour tous à ce patrimoine remarquable.

Mais restaient le golf, la forêt, les terres agricoles...

Un territoire "comme les autres" et des contradictions entre la gestion de ce patrimoine et les buts de la Fondation

En 1989, la situation était à peu de choses près la suivante :

L’agriculture achevait un processus d’abandon de l’élevage et de spécialisation céréalière. Le troupeau ovin de la Bergerie - qui avait fait sa renommée au premier quart du 20ème siècle et lui avait donné son nom - est réduit drastiquement au point de devenir marginal économiquement. Le cheptel se limite à quelques bêtes qui sont conservées pour valoriser les terres en pentes qui ne peuvent être labourées pour faire de la céréale. Au début des années 90 la ferme est pratiquement entièrement emblavée, il ne reste plus que 25 ha de prairies sur 400ha. Cette évolution s'accompagne de l'arrachage des derniers pré-vergers jugés inadaptés.


Brebis de la bergerie de Villarceaux, de race Ile-de-France, primées du 1er prix du concours général agricole de Paris en 1933

Le golf était géré par une association sportive. Les principes de gestion des terrains n’étaient guère originaux, ils ne prenaient en tout cas pas en compte les problèmes d’environnement alors même que le golf se trouvait en fond de vallée.

La chasse était louée à un club de chasse privilégiant une démarche très commerciale : le territoire n’était qu’un support sur lequel était lâché régulièrement du gibier à plume. En face de cette chasse au gibier à plume totalement artificialisée, la gestion des espèces sauvages était négligée. Le lapin notamment pullulait occasionnant de gros dégâts. Bref à une gestion intelligente du potentiel cynégétique était préférée une gestion à caractère ludique et commerciale.

La forêt négligée pendant plusieurs années et très affectée par des tempêtes faisait l’objet d’importants travaux de remise en état, qui, pour être nécessaires offraient néanmoins ce spectacle déprimant, bien connu désormais de tous, d’une forêt soit dégradée soit juste implantée.

1993-1995 : lancement du "programme Villarceaux" pour "expérimenter grâce à un domaine agricole, de nouvelles perspectives pour l'espace rural en Europe"


Même si la FPH s'est interrogée précocement sur un mode d'exploitation agricole alternatif au modèle conventionnel dominant, de 1970 à 1995 la ferme a continué à être gérée selon un système céréalier en agriculture conventionnelle. Au cours de cette période, le troupeau ovin diminue progressivement passant de 400 à moins de 100 brebis. Ces animaux ne sont conservés que pour valoriser les terres non cultivables.

Au début des années 199O, l'agriculture européenne est marquée par des crises économique, écologique et sanitaire. Le sommet de la Terre de Rio a généralisé l'idée de développement durable.

Ces débats rejaillissent au niveau de la fondation. Le décalage entre le mode de gestion de la Bergerie et les préoccupations émergentes deviennent flagrantes. A cette même période la FPH soutient une diversité d'actions qui s'interroge sur les futures politiques agricoles et alimentaire, et notamment le groupe de Seillac présidé par Edgar Pisani. Confronté à la contradiction entre les analyses prospectives qu'il partage désormais et les pratiques du domaine, le conseil de la fondation se retrouve dvant l'alternative, soit revendre le domaine en jugeant que son évolution ne relève pas de sa mission ou soit engager sa transormation en vue d'une gestion responsable.

C'est ce dernier choix qui l'empotera et la fondation se décide alors à réorienter la gestion agricole de la Bergerie de Villarceaux pour contribuer à travers ce domaine à relever les défis de l'agriculture de demain.

Ces défis, présentés dans un document de novembre 1993, sont les suivants :

  • préserver les grandes ressources indispensables à toute vie sur terre (eau potable, sols arables...)
  • maintenir, voir augmenter le nombre d'actifs en milieu rural et contribuer à résoudre les problèmes d'identité et d'exclusion posés par un modèle de société à dominante urbaine.
  • refonder les rapports homme-nature, renouer des liens entre les consommateurs et les lieux et modalités de production.
  • prendre en compte le droit de tous les pays à la sécurité alimentaire

De cette volonté va naître le Programme Villarceaux, point de départ de la transition écologique et sociale de la Bergerie.

Pour aller plus loin :


1996-2006 : transition agroécologique de la Bergerie,


Entre 1997 et 2001, le système de production agricole de la Bergerie connaît une profonde mutation, aboutissant à la conversion à l'agriculture biologique de l'ensemble de la ferme. L'essentiel de l’effort a constitué a retrouver une autonomie vis à vis de tous les facteurs de productions non renouvelables (engrais et fuel notamment) ou préjudiciables pour l'environnement (tous les herbicides et insecticides). Pour cela il a fallut réintroduire l'élevage (troupeau de vaches salers), des prairies et des engrais verts.

 

Les paysages de la ferme ont aussi beaucoup été modifiés, les parcelles ont été redécoupées en bloc de taille inférieure, des chemins d'exploitations ont été ouverts et plus de 20 000 arbres ont été plantés sous formes de haies périphériques aux parcelles ou d'alignements au sein même des parcelles (agroforesterie). Autant de zones semi-naturelles qui hébergent les insectes auxiliaires qui vont réduire la pression des ravageurs des cultures. Bien gérés, ces arbres pourront fournir du bois déchiqueté pour les chaudières bois de la bergerie. Ils contribuent aussi à réguler localement le climat, sont sources de bien être pour les animaux et limitent l'érosion. La chasse qui est pratiquée dans les 250 ha de forêt ainsi que l'exploitation de bois se font selon une gestion favorable à la biodiversité. Une coopérative de consommateurs de produits biologiques a été créé pour proposer un mode de commercialisation des produits de la ferme en circuit court, plus solidaire entre producteur et consommateur.

Pour aller plus loin : dans la partie "ressources et publications", un article sur la transition agroécologique à Villarceaux


2006-2013 : de l'expérimentation au partage


Dix ans plus tard, l'exploitation agricole a atteint un rythme d'équilibre et la faisabilité technique de cette expérience est probante. Le changement de pratiques a aussi généré un impact environnemental positif sur les sols, les paysages, la biodiversité ou encore la qualité de l'eau de la ferme. Autant d'aspects dont bénéficient les habitants du territoire qui profitent de ce cadre de vie préservé pour des activités de nature.

Progressivement l'intérêt que suscite Villarceaux se développant, c'est devenu un lieu privilégié pour accueillir des dispositifs de recherche sur l'agriculture biologique ainsi que pour la formation et des échanges sur les questions agricoles.

C'est ce qui a conduit la FPH a réhabiliter écologiquement l'ancien corps de ferme de la bergerie pour accroître la capacité d'accueil de la Bergerie. Ce chantier de réhabilitation a été l'occasion de tester les principes de l'écoconstruction dans un établissement recevant du public (ERP) et inclus dans le périmètre de protection de monuments historiques. Deux contraintes réglementaires qui ont fait de ce chantier une véritable expérimentation, ajoutant ainsi une nouvelle dimension à la transition écologique et sociale de la bergerie.

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